1école1toit.Paris18

Lutter contre le sans-abrisme des enfants du 18e.



Le Parisien, 20 novembre 2023 – Par Céline Carez

À Paris, 400 écoliers dorment chaque nuit à la rue : « La situation est atroce et pire que l’année dernière »

"Ces habitants et élus sont venus sous les fenêtres de la mairie du XVIIIe et ont interpellé l’État en cette Journée internationale des droits de l’enfant. Rien que dans cet arrondissement, 74 enfants passent leurs nuits dehors.
Lucas (le prénom a été changé) a 3 ans. Toutes les nuits, il dort avec sa maman sur des cartons dépliés à même le trottoir devant le BHV. Il y a aussi cette famille avec un nouveau-né. Ils passent leurs nuits dans un hall de la gare de l’Est. À défaut d’un lit douillet, Anissa, 4 ans, finit par succomber au sommeil aux urgences de l’hôpital Necker. « La situation est tellement atroce et pire que l’année dernière que nous organisons un rassemblement citoyen pour demander un sursaut de l’État », s’indigne Sarah Vezzoli, mère de famille, résidente du XVIIIe arrondissement de Paris et cofondatrice du collectif Une école un toit Paris 18."

Actu _ Reportage Le Parisien 20 novembre 2023

https://www.leparisien.fr/paris-75/a-paris-400-ecoliers-dorment-chaque-nuit-a-la-rue-une-centaine-de-personnes-ont-manifeste-20-11-2023-JUWDSLFFNJEJVARQPULED37ISY.php?xtor=AD-366



Actu.fr, 20 novembre 2023 – Emilie Salabelle

"C'est moins dur que dehors" : des enfants sans domicile fixe hébergés dans leur école à Paris

Actu _ Article Actu Paris

En novembre 2023, sept écoles du 18e arrondissement de Paris hébergent des familles d'élèves sans domicile. Une solution de fortune mise en place par des parents et directeurs.

Salle de classe le jour, abri de fortune la nuit. Dans le 18e arrondissement de Paris, des élèves retrouvent les locaux vides pour s’y installer avec leur famille le soir tombé. Une solution précaire mise en place par des parents d’élèves et directeurs d’école pour éviter à ces écoliers de dormir dans la rue.

Depuis la rentrée de septembre 2023, la situation est devenue particulièrement critique. Selon le décompte du collectif  « Une école un toit« , une soixantaine d’enfants scolarisés vivent sans logement dans cet arrondissement du nord-est parisien. En octobre 2023, l’Unicef en dénombrait près de 3 000 à l’échelle du pays, une hausse de 42 % par rapport au mois précédent.

 

Une vie invisible

Parmi les enfants qui fusent au compte-goutte vers les grilles de l’école, Amélie, emmitouflée dans une doudoune noire, s’approche du pas hasardeux des réveils matinaux.

Son fils de 3 ans, Lucas, lui tient la main. Ils viennent de passer une nuit de plus dans le dortoir de l’école maternelle Richomme, dans lequel le petit garçon est scolarisé. Un quart d’heure plus tard, c’est en tant qu’élève de petite section, qu’il franchit à nouveau le portail d’entrée de cette école de la Goutte d’Or. Ses camarades de classe ignorent tout de sa double vie à l’école. 

 

« Moralement, c’est un peu dur. On n’a pas la paix de cœur« , confie sa mère. Chaque matin, chaque soir, il faut se rendre invisible. Remballer le matelas gonflable. Laver le petit à l’eau froide dans le bidet des toilettes scolaires. « On se lève tôt pour que tout soit rangé avant le passage des femmes de ménage et sortir de l’école avant l’arrivée des autres élèves », explique Amélie dans un filet de voix. À la sortie d’école, à 17h30, le soleil se couche déjà, mais le temps est encore long avant de pouvoir s’abriter. « Je dois le trainer pendant une heure sous la pluie avant de pouvoir rentrer à l’école ». Depuis un mois et demi, le scénario tourne en boucle. 

Une vie d’écolier bousculée

Ce jeu de cache-cache, David aussi a dû y jouer. Scolarisé en CM1, le garçon a dormi avec ses parents dans la salle de musique de son école pendant plusieurs semaines. « Je me levais à 6 heures, je sortais vers 7 heures et je revenais comme un élève normal pour l’école. Je ne voulais pas que mes camardes sachent que je passais la nuit ici. J’avais peur qu’ils se moquent de moi. C’est trop difficile de les entendre dire que je dors à la rue », explique dans un regard direct le garçon originaire du Congo. 

Aujourd’hui, l’élève se lève toujours très tôt, mais c’est pour prendre le train de 6h53 à Brétigny-sur-Orge (Essonne), où se trouve « [sa] maison ». En réalité, une place dans un hôtel social attribuée à sa famille pour quatre semaines. « Ça fait du bien. C’était dur de dormir à l’école, même si c’est mieux que de dormir dehors, surtout quand il pleut », raconte-t-il d’une voix vive. Depuis, la vie d’écolier est plus légère. « J’aime bien la récré, le sport, les maths, la grammaire », liste, sourire aux lèvres, le garçon qui se voit bien footballeur au PSG.

Pour Amélie, l’avenir se résume encore aux appels répétés et sans réponse au 115. Dans ce quotidien brumeux, elle n’oublie rien du parcours qui l’a conduite ici. Le fil d’une douloureuse migration s’égrène avec précision. Fuite du Cameroun après avoir subi « des viols incestueux », arrivée gare de Lyon en 2021, son bébé de sept mois pour seul bagage, demande d’asile déboutée en juin 2022.

Puis les nuits de galère, passées sous l’auvent du BHV. Malgré les cartons mouillés, les affaires volées, les sursauts à chaque bruit de bouteille cassée, elle cultive un espoir à l’oreille de son fils : «  »Un jour, on aura une maison ». Je lui répétais ça. Mon fils a les mêmes droits que n’importe quel autre enfant. Aujourd’hui, je ne me regarde pas moi-même, mais l’enfant que je traine. » 

« Sans pouvoir, sans argent », elle remet son quotidien chaotique et celui de son enfant « entre les mains de gens de bonne volonté, qui ont la foi, comme ici à l’école. À part le logement, on ne manque de rien », remercie-t-elle.

Des parents et directeurs engagés

« Grâce à la cagnotte, aux dons de vêtements, et aux collectes alimentaires, on arrive à subvenir aux besoins immédiats, expose Manon Luquet, membre du collectif « Une école un toit » et représentante de parents d’élève à l’école Richomme. On a la chance d’avoir ici un soutien total de la part de la direction et des parents. Mais ce n’est pas le cas partout. Et les enfants scolarisés que nous avons identifiés ne sont que la partie visible d’une réalité beaucoup plus vaste. Ce qu’on propose, c’est une solution de bricolage », alerte-t-elle.

« On retrouve ces enfants à la rue dans tout le 18emême dans les côtés plus chics des Abbesses, témoigne Florian Bergamasco, un père membre du collectif, dont l’école du quartier de la Butte accueille également une famille sans domicile fixe. « C’est une mère de famille en situation régulière, avec deux enfants dont un de quelques mois, qui s’est retrouvée à la rue cette année. Ça ne touche pas que les personnes sans-papiers », précise-t-il.

« C’est épuisant de dormir à la rue »

« On a jamais eu autant d’enfants à la rue dans nos écoles, confirme Maxime Tesniere, directeur de l’école élémentaire Richomme. « Forcément, pour ces enfants, la scolarité est plus compliquée. C’est épuisant de dormir à la rue. Ce sont souvent des élèves très introvertis. D’autres au contraire vont très bien faire illusion et occuper l’espace. Mais je m’inquiète pour leur santé mentale sur le long terme. Ils ne seront pas à l’abri d’un craquage à l’adolescence. » 

Alors que les appels au 115 sont saturés en Île-de-France et que les hébergements d’urgence sont très largement sous-dimensionnés, la demande de création de 6 000 à 10 000 nouvelles places n’a pas été retenu dans le projet de loi de finances 2024passée au 49.3 à l’Assemblée Nationale. Les membres du collectif appellent à un rassemblement, ce lundi 20 novembre à 18 heures devant la mairie du 18e. Ils demandent notamment la réquisition du lycée Suzanne-Valadon, actuellement inoccupé, pour loger les élèves sans logements et leurs parents.

En attendant, rue Richomme, une nouvelle famille va bientôt être accueillie. Ce sera la quatrième ces derniers mois. « Pour l’instant, avec mon mari, on dort sous la tente, raconte Rachel. Nos deux enfants sont hébergés chez quelqu’un. Je n’ai pu les scolariser que depuis octobre, il me manquait une adresse de domiciliation, qui est indispensable pour les inscrire. C’est un soulagement de pouvoir être bientôt réunis », souffle-t-elle. Silencieux, son fils, Aaron, 5 ans, se contente de sourire timidement sous sa capuche rouge et blanche.

 



https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/c-est-moins-dur-que-dehors-des-enfants-sans-domicile-fixe-heberges-dans-leur-ecole-a-paris_60347877.html



JT 20h TF1, 19 novembre 2023 – Reportage F.X. Ménage, O. Cresta

ENQUÊTE - 2800 enfants dorment dans la rue chaque soir

Des dizaines de tentes en plein cœur de la capitale, faute de places d'hébergement d'urgence. À 21h, une fillette de 4 ans attend à l'extérieur, sous un manteau à capuche, alors que son petit frère est déjà sous la tente. À l'intérieur, sa maman range ce qui peut l'être et trie pour voir ce que sa fille, scolarisée en maternelle, peut porter le lendemain pour aller à l'école. Des situations identiques, nous en rencontrons ce soir-là une dizaine, devant l'Hôtel de ville ou bien au pied d'un grand magasin. La nuit, des familles entières, qui, toutes ou presque, sont sans papier, dorment à même le sol avec duvets et poussettes. Au même endroit, le lendemain matin, nous retrouvons un père de famille. Trois de ses quatre enfants sont scolarisés dans une école à quelques stations de métro. En France, même s'il n'a pas de papier, un mineur a le droit d'être. Ce père nous montre le certificat : sa fille aînée est en CM2.

https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/2-800-enfants-dorment-dans-la-rue-86111499.html



Le Parisien, 2 novembre 2023 – Inès de Rousiers

VIDÉO. Paris : sans domicile, David, est hébergé dans son école primaire avec sa maman

« Je suis fatigué », reconnaît David, 9 ans, dans un souffle. Depuis la rentrée scolaire, le jeune garçon scolarisé à l’école Richomme à Paris mène une double vie dans son établissement. Le jour, il est un élève de CM1 comme tous ses autres camarades de classe. Mais le soir, David ne rentre pas chez lui comme ses amis.
Avec quatre autres familles, il reste dormir dans la salle de musique du bâtiment. « Ils nous ont mis des matelas et des couvertures », décrit-il. Tous les matins, il se « réveille tôt » pour ranger ses affaires, sortir de l’enceinte de l’école et revenir à la même heure que ses camarades. « Je viens comme un élève normal », explique le garçon.Arrivé du Congo il y a un an, David a passé quelques mois à la rue avec sa mère. « On dormait à la Gare du Nord quand il pleuvait… J’étais triste et j’avais un peu peur », se souvient David en confiant aller jouer dans le parc jouxtant son école quand l’émotion le submerge. Alerté sur leur situation, le directeur de l’école et le collectif « Une école, un toit » leur propose alors de rester dormir dans une salle de classe, comme d’autres familles de l’école en situation de précarité.
« La situation est inédite », alerte Adèle Jouneau, mère de deux élèves et membre du collectif. Si l’année précédente des solutions ont pu être trouvées pour des personnes dans la même situation, cette année le Samu social est saturé détaille la jeune femme. En cette rentrée 2023, les chiffres explosent. Près de 3 000 enfants dormant à la rue ont été comptabilisés par Unicef France au début du mois d’octobre.

https://www.leparisien.fr/video/video-paris-sans-domicile-david-9-ans-est-heberge-dans-son-ecole-primaire-avec-sa-maman-02-11-2023-27SUWX7BPRB4RGIAKP3AJWP4Y4.php



France Bleu Paris, 30 octobre 2023 – Marion Ferrere

Paris : des familles, avec des enfants, hébergées dans une école du 18e arrondissement

Actu _ Article Paris France Bleu

Dormir dans la rue, se préparer et ensuite à aller à l’école, comme si de rien n’était : c’est le quotidien d’une cinquantaine d’enfants rien que dans le 18e arrondissement de Paris. Elus et associations alertent sur la situation qui se dégrade dans la capitale.

Chaque soir au 3e étage de l’école primaire Richomme, dans le 18e arrondissement de Paris, la salle de musique se transforme en dortoir spartiate. Ici s’installent après la fin des cours, à 18h, quatre familles : 7 adultes et 8 enfants, dont un bébé de 2 mois. « C’est la salle la plus grande, il n’y a pas de bureau. C’était la plus simple à adapter rapidement. Vous voyez il y a des matelas en mousse par terre, des couvertures », détaille Manon Luquet. Cette mère d’élève est membre du collectif « Une Ecole, un Toit ». C’est le directeur de l’établissement qui l’a directement alertée de la situation de ces familles. Une mère et son petit garçon de trois ans sont également accueillis dans l’école maternelle située de l’autre côté de la rue. Tous les matins, il faut tout ranger avant le début des classes à 8h30. Ils avalent un petit-déjeuner rapidement en salle des maîtres et « souvent les enfants ressortent, pour arriver en même temps que les autres ». Et simuler un semblant de normalité. Les parents eux retournent dans la rue, au mieux dans des accueils de jour. « Mon fils a du mal, je vais souvent le chercher plus tôt vers 17h à la maternelle, pour l’emmener au parc à côté, pour qu’il puisse jouer comme tous les autres avant de revenir à l’école. Mais ce n’est pas une maison », glisse Julie, 35 ans.

Pas d’eau chaude et pas plus de 13 degrés la nuit

Les conditions de vie restent également précaires. « Il n’y pas d’eau chaude, seulement l’eau froide des toilettes de l’école, pour la toilette c’est compliqué« , reconnaît Adèle, une autre mère d’élève engagée dans le collectif. « Il n’y a aucune réponse institutionnelle, cette solution d’hébergement c’est du bricolage : on ne peut pas dormir dans une salle de classe, se dépêcher le matin de partir, se laver à l’eau froide, il fait entre 10 et 13 degrés la nuit… Personne n’accepterait ça« , s’indigne Manon Luquet. « C’est surréaliste en France, dans la 7e puissance mondiale« , s’emportent ces deux mamans. « Mais c’est mieux que rien« , nous confie un père de famille venu de la République Démocratique du Congo. Avec son fils de 9 ans, ils ont longtemps dormi dans la rue depuis leur arrivée en France il y a un an et demi. « C’est difficile ici mais imaginez : dormir à la rue, rester dehors entre 6 et 7 heures chaque soir après l’école avec son enfant et ensuite devoir le préparer dehors pour qu’il retourne en classe…. C’est très dur« , explique-t-il avec émotion. D’autant qu’il est primordial que son fils puisse aller à l’école répète-t-il. Ce répit, Julie le savoure aussi. Depuis le mois de mai dernier, elle dormait chaque nuit sur un bout de carton avec son petit-garçon de trois ans. Parfois avec d’autres familles, rassemblées devant un grand magasin « pour se sentir moins seuls et moins en danger. Mais on nous a volé beaucoup de choses, comme la poussette et des vêtements« . « Ici, autour de nous, on n’est pas stressé : il y a des mamans qui nous encouragent, la nourriture ne manque pas. Mais on ne sait pas combien de temps ça va durer« , murmure cette jeune femme originaire du Cameroun. Tous les jours, elle appelle le Samu social. Hormis quelques hébergements glanés cet été à l’hôtel, elle n’a rien obtenu. Dans cette école du 18e arrondissement, seule la famille avec un bébé de deux mois arrive à obtenir un placement d’urgence. « De temps en temps, rarement plus d’une semaine et ils le savent souvent au dernier moment« , explique Manon Luquet.



https://www.francebleu.fr/infos/societe/paris-des-familles-avec-des-enfants-hebergees-dans-une-ecole-du-18e-arrondissement-7457678



France Inter, Des vies Françaises, 9 janvier 2023 – Charlotte Perry

France Inter fait témoigner une des mamans soutenue par le collectif
Une Ecole un toit Paris 18 à l’hiver 22/23

Pendant cinq mois, Soukéyé et ses deux enfants ont vécu à la rue. Alertés de la situation, les parents d’élèves de l’école Cavé (Paris 18ème), ont accompagnés la famille pour saisir le Tribunal. Un hébergement d’urgence leur est attribué mais, au lendemain de Noël, l’Etat a contesté cette décision.

Depuis le 28 novembre, Soukéyé, ses deux enfants – Aminata, 9 ans et Ahmadou, 4 ans – et son mari, Cheik, sont hébergés à Chelles (Seine et Marne), dans un hôtel géré par le Samu Social. Un hébergement obtenu par décision du Tribunal Administratif de Paris, que Soukéyé a saisi avec l’aide des parents d’élèves de l’école Cavé (Paris XVIIIème), où sa fille Aminata est scolarisée en classe de CE2. Arrivée à Paris à la mi-juillet avec ses enfants pour rejoindre son mari qui vit en France depuis sept ans, et qui logeait dans un foyer de travailleurs du XIIIème arrondissement, la famille s’est rapidement retrouvée à la rue, le foyer n’acceptant pas les femmes et les enfants.

« La première nuit, on a dormi dans le métro, à François Mitterand. Je me disais que cela n’allait pas durer, que c’était une question de jours. Mais finalement, cela a duré beaucoup plus longtemps. Jusqu’à aujourd’hui. »

Née à Dakar en 1986, Soukéyé a quitté le Sénégal après l’obtention de son baccalauréat en 2007. Pendant quinze ans, elle a vécu à Palma de Majorque où elle était femme de chambre dans un hôtel. Ses deux enfants, Aminata et Ahmadou, sont nés en Espagne. Aminata est de nationalité espagnole et Soukéyé a un permis de travail qui l’autorise à travailler en Espagne jusqu’en 2026. Mais avec la pandémie, l’économie du tourisme s’est effondrée, et l’hôtel dans lequel elle travaillait a fermé.

« J’ai tout essayé, mais il n’y avait plus rien à faire là-bas. Je ne pouvais plus payer mon loyer, alors je me suis dit que j’allais tenter ma chance ailleurs. »

Bien qu’elle soit enceinte et que ses enfants soient tous les deux scolarisés, Soukéyé n’arrive à obtenir que quelques nuits d’hôtel en appelant le 115. Le système d’hébergement d’urgence est saturé et le Samu social n’arrive pas à faire face à toutes les demandes. La famille s’installe alors dans un campement à la Porte de la Chapelle, où vit un très grand nombre de personnes. Des familles, des hommes, des femmes seules avec leurs enfants, dorment sous des tentes aux portes de Paris. Le matin, Soukéyé emmène ses enfants à l’école et le soir à l’accueil de jour pour qu’ils puissent se laver.

« On ne dormait pas à la Porte de la Chapelle. Il faisait froid, nous avions peur, les enfants pleuraient. Ils ont loupé l’école à plusieurs reprises parce que j’ai dû les emmener à l’hôpital parce qu’ils avaient attrapé froid. Souvent, on nous disait qu’ils dormaient en classe. »

Malgré la situation, Aminata est bien intégrée à l’école et obtient les félicitations de son maître. A l’issu d’une réunion au mois de novembre, l’enseignant et le directeur alertent les parents délégués qui découvrent avec stupeur que deux petites filles scolarisées dans l’école dorment chaque soir à la rue. Ils décident de former un collectif « Une école, un toit. Paris 18 », contactent les autres écoles de l’arrondissement et découvrent alors qu’une centaine d’enfants scolarisés dans leur quartier dorment à la rue ou dans des conditions très précaires. Avec l’aide du collectif, sept familles saisissent le juge des référés du Tribunal Administratif de Paris. Le juge ordonne au préfet de la Région Ile de France d’allouer un hébergement d’urgence à ces familles sous 48 heures, au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant. Mais l’Etat, par l’intermédiaire de la délégation interministerielle à l’hébergement et au logement, fait appel de cette décision et demande au Conseil d’Etat d’annuler l’ordonnance du juge des référés.

Le 26 décembre, au lendemain de Noël, Soukéyé et sa famille – tout comme cinq autres familles qui avaient saisi le Tribunal – apprennent que le Conseil d’Etat donne raison à l’Etat. Il soutient que : « les éléments produits ne sont pas de nature à établir un degrés de vulnérabilité tel que Mr et Mme A et leurs deux enfants doivent être regardés comme prioritaires par rapport aux autres famille en attente d’un hébergement. Ils nous ont dit que nous n’étions pas prioritaires, qu’il y avait d’autres familles avec des nourrissons qui étaient prioritaires avant nous ; que la demande était supérieure à l’offre, et qu’il n’y avait pas de places. »

La famille est hébergée à Chelles (77) jusqu’au 1er février. Ensuite, elle ne sait pas si cet hébergement d’urgence sera renouvelé malgré l’ordonnance du Conseil d’Etat, ou si elle devra retourner à la rue, en plein hiver. « Je ne m’attendais pas à cela. Mais je reste optimiste. Je pense que le pire est derrière nous, que nous n’allons pas revivre ce que nous avons vécu. Espérons le meilleur. J’y crois encore ! »

Actu _ Reportage France Inter 14 Janvier 2023

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/des-vies-francaises/des-vies-francaise-du-samedi-14-janvier-2023-8016847



RTL, Focus Dimanche, 8 janvier 2023 – Mohamed Bouhafsi

L'émission "Focus Dimanche" (à partir de 39’15)

Actu _ Interview RTL, Focus Dimanche, 8 janvier 2023 – Mohamed Bouhafsi

Une maman aidé par le collectif à la rue témoigne : « Je suis venue en France avec ma fille pour la simple raison que ma fille est française et que dans mon pays il n’y a pas de double nationalité donc elle est dans son pays comme étrangère (…) j’imaginais mon arrivée en France autrement. Mon quotidien c’était de voir des gens qui font du mal aux autres (des gens qui se masturbent devant nous, des drogués qui vous incitent…) et on ne peut rien faire ». « L’école est le seul endroit où elle a tissé des liens, avec son maître avec d’autres enfants. C’est le seul endroit où elle se sent bien. La nuit elle fait des cauchemars et elle pleure. Elle n’arrive pas encore à accepter qu’elle n’a plus son papa. C’est déjà difficile pour moi tout ça, mais c’est encore plus difficile pour elle, pour une petite fille qui vient de perdre son papa, se retrouve pour la première fois dans son pays et découvre tout ca. c’est pas comme ça que son papa lui parlait de son pays. Il lui disait que c’était un beau pays, accueillant (…) Qu’est-ce que je vais dire à ma fille si on nous met dehors et qu’on doit encore repartir et ne pas avoir de lit pour se coucher?

« Nous, parents d’élèves, avons découvert ce milieu des travailleurs sociaux, de l’hébergement d’urgence. Nous avons fait appel à des associations, à des fondations pour répondre à nos questions et trouver des solutions. Comprendre aussi comment aider en préservant la vie de ces enfants à l’école, sans que tout le monde soit au courant, sans qu’il y ait de railleries. Que ces enfants aient une vie d’enfant tout simplement », explique une membre du collectif Une école un toit Paris 18, Sarah.

« Il y a des situations plus urgentes qu’une petite fille de 8 ans à la rue a été une réponse qui a été faite à cette maman au Tribunal. Il faut comprendre qu’au-delà de la rue, quand cette femme a eu le courage de faire les démarches administratives difficiles pour s’en sortir a été extrêmement perturbée par l’avocat de la préfecture qui lui explique droit dans les yeux qu’avec sa procédure pour demande de logement d’urgence elle prendra la place d’autres enfants, que finalement elle n’a pas grand chose pour se plaindre, que sa fille est en bonne santé, qu’elle a 8 ans -parce qu’à 8 ans il semble qu’aux yeux de l’Etat on est assez grand pour dormir dehors-, etc… Il y a un ensemble de discours tenus devant elle qui ont été d’une grande brutalité, y compris pour moi alors que j’étais concernée de loin. Quand je l’entends dire « ce n’était pas ça l’image que j’avais de la France » c’est exactement cela. Sur le frontons de nos écoles, il y a la devise de notre République: Liberté, Egalité, Fraternité. A quel moment on l’applique quand on voit ce qu’endure certains enfants scolarisés pour lesquels il n’y a aucune égalité, et aucune fraternité?« 

https://www.rtl.fr/programmes/focus/7900222781-l-emission-focus-dimanche-du-8-janvier-2023



France Bleu, 3 janvier 2023 – François Borde

Paris : des parents d'élèves se mobilisent pour deux enfants sans-abri

Les parents d’élèves ont décidé de leur venir en aide en saisissant la justice administrative contre l’avis de l’Etat.

Alertés par les délégués, les parents d’élèves mettent alors discrètement en place une aide matérielle. Avant de se mobiliser plus massivement en hébergeant les familles concernées ou en leur proposant une douche. Un collectif s’est même formé pour saisir la justice, afin d’obtenir l’hébergement d’urgence des deux familles, l’une monoparentale et l’autre étant constitué d’un couple, dont la femme est enceinte de cinq mois, et qui a un deuxième enfant scolarisé dans le quartier. »

Actu _ Article France Bleu, 3 janvier 2023

https://www.francebleu.fr/infos/societe/paris-18e-mobilisation-de-parents-d-eleves-pour-deux-enfants-sans-abri-7953626



Le Parisien, 2 janvier 2023 – Céline Carez

« Des enfants SDF dans notre école ? » : à Paris, cette décision de l’État qui fait polémique

Actu _ Article Le Parisien, 2 janvier 2023

« Les parents d’élèves d’une petite école primaire ont aidé une mère de famille à saisir le juge des référés afin d’obtenir un hébergement d’urgence pour elle et sa fille. Le juge a ordonné l’hébergement mais, entre-temps, l’État a fait appel et fait casser la décision. La riposte judiciaire s’organise ce mardi. »

https://www.leparisien.fr/paris-75/des-enfants-sdf-dans-notre-ecole-cette-decision-de-letat-qui-fait-polemique-a-paris-02-01-2023-EOTE7B5IGFGAVFLMKTKICVPNB4.php



L’Humanité, 29 décembre 2022 – Eugénie Barbézat

« DEnfants à la rue : l’État défend son droit de « non-mise à l’abri »

« Un bambin de 4 ans qui dort dehors n’est pas un enfant en danger ! Pas suffisamment en tout cas pour mériter une place en hébergement d’urgence. C’est en substance ce qu’indique le Conseil d’État dans des ordonnances rendues le 26 décembre. Elles concernent sept familles, dont trois femmes enceintes et une dizaine d’enfants mineurs, tous scolarisés. La majorité de ces familles sont arrivées récemment sur le territoire français. « Nous nous sommes occupés du dossier d’une maman arrivée du Cameroun avec sa fille de 8 ans suite au décès brutal de son époux de nationalité française. Elle est encore en période de deuil et a subi des agressions quand elle dormait dehors à côté de la gare du Nord avec la petite, qui est inconsolable de la mort de son papa… » explique Sarah Vezzoli, membre d’un collectif de parents d’élèves d’une école du 18e arrondissement parisien.

C’est en effet avec l’appui d’associations – comme la Cimade, la Fondation Abbé-Pierre, Utopia 56 – et de parents d’élèves des écoles où sont scolarisés leurs enfants que les familles ont pu, début décembre, déposer des référés-libertés auprès du tribunal administratif afin d’obtenir des places d’hébergement d’urgence. Le 6 décembre, victoire : leur droit à être mises à l’abri sous 48 heures a été reconnu par la justice. Une trêve s’annonçait. Elle fut de courte durée. Car l’État a tout de suite contesté cette décision devant le Conseil d’État, qui, le lendemain de Noël, l’a invalidée pour six familles, ouvrant la voie à leur remise à la rue. »

Actu _ Article de l'Humanité, 29 décembre 2022

www.humanite.fr/societe/hebergement-durgence/enfants-a-la-rue-letat-defend-son-droit-de-non-mise-a-labri-776321

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